23 février 2005
Prophétie de Jean de Jérusalem: commentaires et discussions
1° L'auteur: Jean de Jérusalem, alias Jean de Vézelay, alias Jean de Mareuil est censé avoir été recueilli
par des religieux sur la route de Compostelle. Devenu moine chrétien et
chevalier Croisé, il aurait été l'un des fondateurs de l'Ordre du
Temple et l'un des premiers templiers. Il aurait participé à la
libération de Jérusalem en 1099, conquise 20 ans plus tôt par les
Turcs. C'est au cours de son séjour dans la Ville Sainte qu'il aurait
rédigé son recueil prophétique.
Commentaires:
Malheureusement, aucun des 9 fondateurs de l'Ordre du Temple ne
s'appellait Jean. L'Ordre du Temple était une institution religieuse de
moines-chevaliers qui avaient pour but de protéger les pélerins
chrétiens. Elle fut fondée en 1118 par Hugues de Payns avec 8 autres
personnes: André de Monbard, Godefroy de Saint-Omer, Archambaud de Saint-Amand, Payen de Montdidier, Geoffroy Bisol, Gondemare, Roral et Godefroy. Comme on le voit, aucun Jean.
Le nom pourrait en fait s'inspirer d'un autre ordre qui existait à
la même époque, Les Hospitaliers de l'Ordre de Saint-Jean de
Jérusalem. Bien que cet Ordre n'ait été reconnu par le Pape
Pascal II qu'en 1113, les Hospitaliers existaient dès 1077 et l'Ordre
en lui-même fut créé par Gérard Tenque juste après la conquête de
Jérusalem par les Croisés en 1099. Bien qu'il soit possible que ce Jean
de Jérusalem soit en fait un Hospitalier de l'Ordre de Saint-Jean de
Jérusalem et qu'il y ait eu mélange des deux Ordres, le personnage est
totalement inconnu et aucune mention ne semble être faite à son propos
dans aucun document historique.
2° La découverte de la prophétie: Ce document est censé avoir été retrouvé par le professeur Galvieski dans les archives du monastère de Zargorsk en Russie au Monastère Laure de la Trinité Saint-Serge, dans les environs de Moscou en 1992-1993. Dans son introduction, ce manuscrit indiquait qu'après la conquête par les Turcs de Constantinople en 1453, sur l'île de Zagorsk, dans l'Empire de la foi resté préservé, sont venus se réfugier les hommes et leurs écrits et, parmi eux, se trouvait le "Protocole Secret" qui enseigne le destin des hommes quand commencera "l'An Mille qui vient après l'An Mille…"
Commentaires: possible mais invérifiable. Qui est ce Galvieski dont on ne trouve aucune trace? Il est professeur de quoi? A quelle université? Le texte était rédigé dans quelle langue? ancien français? latin? russe? Qui l'a traduit? Et où se trouve ce document à présent?
3° Le texte proprement dit: En ce qui concerne la prophétie elle-même, j'ai noté un certain nombre d'anomalies (il y en a peut-être d'autres) qui me font pencher pour un faux.
"Des guerres aussi nombreuses que les mailles de la cotte que portent les Chevaliers de l'Ordre..." (Introduction, ligne 16): cette mention aux Chevaliers de l'Ordre est-elle anachronique ou pas? Difficile à dire. L'Ordre des Chevaliers du Temple, dont Jean est censé faire partie n'a été fondée qu'en 1118 alors que cette prophétie est censée avoir été rédigée 19 ans avant, en 1099. Cependant, il pourrait aussi s'agir de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, qui devint par la suite l'Ordre de Malte. Bien que fondé officiellement en 1113, il existait depuis 1077.
"Hérodote...Tacite... Colonnes d'Hercule... Minotaure...Prométhée...Cassandre...Ulysse...Odyssée...": il y a beaucoup de références à des personnages (historiques ou mythiques) grecs dans ce texte. Or, il est peu probable que ces oeuvres étaient connues au Moyen-Age. Bien que les historiens pensent que ces ouvrages ont subsistés et traversés les siècles grâce à des moines-copistes, ils n'étaient pas du tout diffusés car contraires aux croyances chrétiennes (qu'on pense au mythe du Minotaure, né de l'union d'une femme et d'un taureau, sur une île où les gens vénéraient Poséidon!). Il est donc très peu probable qu'un moine-Templier ait eu accès à ces oeuvres, qu'il ait eu les connaissances linguistiques pour les traduire (elles devaient être en grec) et qu'il ait osé y faire ouvertement référence dans sa prophétie.
"...la femme viendra saisir le sceptre...elle sera la grande maîtresse des temps futurs...elle sera la beauté après la laideur des temps barbares..." (vers 35-2 à 35-7): là encore, l'idée de la femme rédemptrice qui sauvera les hommes par sa sagesse est une notion moderne remontant à l'émancipation de femmes pendant les années 1960-70 et reprise par le courant New-Age (retours du culte de la Déesse-Mère). Au Moyen-Age, la femme était considérée comme la source de tout les maux de l'homme car elle est l'héritière du péché originel et porte la faute commise par Eve. Peu probable donc qu'un moine du XIIe siècle fasse ainsi l'éloge de la femme. Il aurait plutôt été atterré et catastrophé s'il avait réellement eu une telle vision. (désolé mesdames ;-) )
Enfin, le langage est extrèmement moderne. Il suffit de comparer avec le français de centuries de Nostradamus pour voir la différence. Le contre-argument est qu'il s'agit surement d'une traduction d'une traduction d'on ne sait pas trop quoi, et il est toujours possible que le langage ait été modernisé pour la facilité du lecteur (puisque celà semble être extrait d'un livre publié aux édition Lattès ou Gaucher).
Conclusion
Sur base de ces quelques éléments, je pense qu'il s'agit d'un faux écrit dans la 2e moitié du XXe siècle, contemporain du courant Nouvel Age et reprenant les idées de nombreux textes ésotériques de ce courant.